À l’occasion de la Semaine Sainte, l’Université Antonine (UA) a accueilli, à l’École Saint-Joseph d’Antoura, un concert spirituel oriental intitulé « Il a vraiment pris nos infirmités » (Isaïe 53:4), interprété par la Chorale de l’UA sous la direction du Maestro Toufic Maatouk, OAM. La soirée a réuni un auditoire nombreux, composé de personnalités publiques, d’anciens ministres, d’artistes, de journalistes et de membres de la communauté.
Loin de se réduire à une exécution musicale, le concert s’est déployé comme un moment de prière et de recueillement, ouvrant un espace partagé de contemplation dans une conjoncture nationale marquée par l’épreuve.
Inspiré des paroles du prophète Isaïe, le concert a proposé aux participants un cheminement musical et narratif autour du sens de la Passion du Christ. Dans un climat d’incertitude et de tension collective, ce fil conducteur a trouvé une résonance singulière, rejoignant l’expérience d’une communauté en quête de repères, de constance et d’espérance.
Ancré dans la tradition antonine maronite, le répertoire a rassemblé des hymnes sacrés et des arrangements des Pères Boulos Al Achqar, Joseph Waked, Albert Cherfane et Fady Taouk, auxquels se sont ajoutées des œuvres du compositeur italien Alberto Maniaci et de Charbel Abi Nader. Ces œuvres se mêlaient à des performances solistes de César Naasy, Grace Medawar et Mira Akiki, tissant un dialogue riche entre patrimoine, foi et expression artistique.
La soirée s’est ouverte avec une présentation de la personnalité médiatique Nisrine Zawahra, qui a instauré le ton d’une expérience où la parole éclaire la musique. Réfléchissant sur la foi et l’espérance, elle a souligné qu’au cœur de l’épreuve, subsiste au Liban une croyance profondément enracinée, capable de s’élever au-delà de la souffrance, à l’image de l’espérance qui surgit au-delà du Calvaire. La Chorale a ensuite interprété une série d’hymnes de Carême, dont Marie, Ô Sainte Mère, Psaume 66 « Que Dieu nous prenne en pitié » et Convertissez-vous au Seigneur, instaurant une atmosphère de prière et de recueillement.
Tout au long du concert, des moments de réflexion ont été confiés à des artistes venus de diverses régions du Liban, témoignant de la richesse et de la pluralité du paysage culturel et spirituel libanais.
L’acteur Youssef El Khal a offert la première méditation, inscrivant la soirée dans la solennité de la Semaine Sainte. À travers un jeu de mots entre « Vendredi Saint » et « Saint rassemblement », il a mis en lumière à la fois la gravité du moment et l’impérieuse nécessité de l’unité. Lui ont fait suite les hymnes Vers Toi, Seigneur, j’élève mon âme, Ô assemblée des bien-aimés et Les fils d’Adam ne sont que vanité.
L’acteur Ammar Chalak a poursuivi avec une réflexion sur la coexistence et l’appartenance, soulignant le besoin de demeurer unis malgré les différences et rappelant à l’audience qu’une nation ne survit que lorsque son peuple choisit, jour après jour, de rester ensemble. La Chorale a ensuite interprété Marie se leva, De ma voix je crie vers le Seigneur et le Psaume 22 « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-Tu abandonné ? »
L’actrice Anjo Rihane a livré une méditation poignante, présentant l’espérance non comme une émotion passagère, mais comme une décision consciente de résister au désespoir, et décrivant la résurrection comme un acte quotidien de relèvement malgré la perte et la fatigue. Sa réflexion a précédé l’interprétation du Christ Sauveur, de l’hymne maronite Contemplons Sa foi et de la Litanie de la Passion.
L’acteur Badih Abou Chakra a offert la méditation finale, soulignant qu’au Liban d’aujourd’hui, la véritable victoire réside non pas dans la perte de l’autre, mais dans la capacité à se tenir ensemble et à bâtir, main dans la main, un avenir porteur d’espérance. Ses paroles ont été suivies de Ô Mon Bien-aimé, plongeant l’audience dans un moment de contemplation plus profond encore.
La soirée s’est conclue par une ultime réflexion de Nisrine Zawahra, qui a tracé un parallèle saisissant entre la Croix et la réalité présente — celle d’une nation suspendue entre la souffrance et la promesse. Elle a affirmé que l’espérance naît de la persévérance, tandis que la Chorale interprétait les hymnes de clôture, la Litanie de la Résurrection et Mubarak, laissant l’audience dans un esprit de douce espérance et de renouveau, avec la conviction ferme que la souffrance n’est pas éternelle et que la résurrection du Liban est imminente.
Bien plus qu’un concert, cette sainte soirée s’est imposée comme un espace où la musique, la parole et la foi ont convergé. Elle a offert à chacun un moment de pause, de prière et de réflexion sur la souffrance, la rédemption et la possibilité inaltérable de l’espérance.
En des temps tels que ceux-ci, de tels moments ont un poids considérable — rassemblant les hommes dans la prière, dans la musique et dans une quête commune de paix.